jeudi 24 octobre 2019

L'humeur Instable#2 : de l'imaginaire collectif sur la dépression, et du vécu...



Il y a quelques temps, j'ai passé une série de journées remarquables.
Pas tant parce qu'elles étaient des journées extraordinaires, hors du quotidien, ou parce qu'il s'y passait quelque chose de particulier.
En fait, et c'est quelque chose que j'ai mis longtemps à comprendre : ce qui rendait ces journées remarquables, c'est qu'elles étaient un peu moins dévorées par la maladie que les autres. Des journées de répit, semblant parfois ne venir de nulle part...

C'était des journées où, à peine réveillée, je n'avais pas été assaillie immédiatement par une auto-détestation étouffante. Ou bien où, à peine réveillée, je n'étais pas dores et déjà été en train de me répéter "aujourd'hui, on ne mange pas, nan mais allô, tu veux être encore plus sale, ha bah ouais bravo meuf, faut pas s'étonner que..." et autres "t'es grosse", "tu es un monstre"... Ambiance quoi.
Des journées où les choses se passent. Pas spécialement bien, pas spécialement de façon parfaite, mais elles se passent. Je pose un peu de maquillage, je choisis des vêtements, pas des vêtements qui me font particulièrement plaisir, mais qui, selon mon appréciation, me vont bien, matchent correctement, je suis comme je dois être là où je dois être et ça se fait simplement .
Durant ces journées, je ressens une certaine ...aisance. Disons qu'il est plus facile de remplir un caddie ou de choisir si on a envie ou non de changer de fournisseur d'électricité quand on n'est pas constamment saoulée de paroles contradictoires par une petite voix.

De ces journées où, toutes les deux heures, je ne suis pas assaillie par une irrépressible envie de dormir, à laquelle il m'est parfois même arrivée de succomber en pleine réunion professionnelle. Comment se sentir sérieuse, adulte, fiable, quand on se sait soumise aux gré et aux vents de la dépression et de l'hypersomnie?

Ces journées là, sont remarquables.




C'est lorsque les journées de d'habitude, celles que je ne remarque plus, reprennent férocement leurs droits, que seulement je comprends que j'ai profité d'un luxe. Le privilège de la quiétude. De la validité. qui n'est en fait rien d'autre que l'état normal des gens *qui ne souffrent pas de troubles psy/de santé. Ça peut arriver parfois, sans vraiment s'expliquer, quelques heures ou jours de répit, et puis c'est fini.

Face à cela, je suis terrifiée.
C'est bien vrai, je suis malade,
je le sais depuis longtemps, je me lis de plus en plus finement. Je suis malade, d'un mal pas tant compris, pas tant pris au sérieux. Et c'est super dur.
Bon sang, ces journées remarquables parce qu'elles sont simples, elles veulent tout dire.
Je suis en colère,
bien sûr, évidemment. Je suis une boule de rage, et comme toutes ces personnes qui vivent l'indicible, je ne sais pas ni contre qui contre quoi la tourner. Mes violeurs? Ceux d'après? Moi? Vous tous qui faisiez autre chose ces soirs là? La vie qui est mal foutue? Lui qui est parti?
Et bien sûr, j'ai peur.
Je suis dingue, et la vie est difficile. J'essaye de toutes mes forces, mais toutes ces  journées basiques, celles où j'entends sans cesse des voix qui me rabaissent, celles où je fuis l'envie de dormir comme une captive du sommeil, celles où j'ai toutes sortes de compulsions, celles où je ne sais que rester cacher dans ma grotte parce que j'ai si peur du monde, ces journées elles, je ne les remarque plus car elles sont mon quotidien.


J'entendais encore avant hier des personnes parler de "faire une petite dépression" ou de "risquer la dépression" sans ne rien comprendre à ce dont il était question.
L'opinion publique continue d'assimiler la dépression à un "coup de blues", à une forme de mélancolie, de ressassement d'images-macabres...
Alors oui, ce sont des choses qui peuvent arriver en crise, mais la plupart du temps, on est surtout malades d'être totalement vides, à tous les nivaux : énergiquement, psychologiquement, physiquement, émotionnellement...

On se retrouve face à deux confitures au petit déj et on se met à pleurer et à paniquer parce que ça a déjà été trop d'infos, trop de questions pour se décider, parce qu'on est complètement épuisés.
C'est à mon sens vraiment ça le coeur de la dépression : un épuisement et une inhibition totale des envies, et parfois même des colères et des des dégoûts.
La tristesse, elle, est un effet physique, relatif notamment au manque de sérotonine. Mais elle n'est qu'une composante de la dépression, et bien souvent, elle est surtout tout à fait logique à la vue de ce que la maladie génère en nous...
C'est différent de ce que le  commun des mortels qualifie de "petit coup de blues", un concept qui semble se référer à de courtes périodes durant lesquelles, après x ou y événement, une personne peut ressentir une forme d'abattement plus ou moins forte, mais aussi manifester beaucoup d'émotions, en particulier de la tristesse et de la colère, et c'est sur ce dernier point qu'à mon avis, il faut montrer un peu plus de rigueur (de la part des soignant-e-s notamment).
La dépression chronique est différente de l'état dépressif réactionnel et surtout du fait d'avoir de la peine. Etre en dépression, ce n'est pas avoir de la peine, ce n'est pas être triste parce qu'il y a la guerre dans le monde et qu'on a perdu son poisson rouge (ceci dit, ne serait-ce pas sain d'être peiné de ces derniers faits? A méditer...).
Et cette idée continue pourtant de circuler, dans les couloirs de nos hôpitaux, en premier plan, ainsi à l'origine de l'absence de nombreuses prises en charge. (Et forcément, avec peu de moyens, ce ne sont pas les formations sur la dépression qui sont jugées les plus urgentes...)

Edit : Je ne minimise pas la dépression réactionnelle ni les  "petits coups de blues", ça craint un max, je suis d'accord. C'est juste que c'est différent, et comme c'est différent, les soins et la prise en charge devrait l'être aussi.

Force et courage ♥

C' était Sali, on est Vendredi matin, il est 06h10 : à vous les stud!

On se retrouve tout bientôt pour d'autres humeurs et peut être parler de fringues!

J'espère que vous allez toutes bien, si ce n'est pas le cas, DM ou mail: melange.instable@gmail.com

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